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Moi, Yves Tantat, je te présente mon blog dédié à l'engagement citoyen, en espérant qu'il te rendra toi aussi altruiste et beau.

Aube Dorée, funeste crépuscule

DSCF8178De fil d’Ariane en aiguille, mon enquête avait fini par m’amener au Centre Hellénique Interculturel de Bruxelles. Là, j’en ai appris davantage sur le contexte politique de la Grèce, et plus particulièrement sur un mouvement au nom mystérieux : Aube Dorée.

Pour tout te dire, la première fois que j’ai entendu parler de l’Aube Dorée, j’ai cru qu’il s’agissait de quatrains, de tercets ou d’alexandrins. Mon esprit divagant s’est même mis à déclamer du Rimbaud : « J’ai embrassé l’aube d’été. Rien ne bougeait encore au front des palais ». Ah, ce jeune Rimbaud nommant de ses yeux le monde ! Malheureusement, c’était bien moins poétique que ça.

L’Aube Dorée était en réalité issue d’une prose plus absconse, plus cabalistique, plus énigmatique, plus ésotérique, plus hermétique, plus impénétrable, plus indéchiffrable, plus sibylline. L’Aube Dorée était faite de mots qui jaillissaient d’une verticalité merdique, d’hommes qui, les deux pieds dans la bouse, hurlaient de répugnants cris en agitant leurs bras pugnaces de singes écervelés.

« Aube Dorée, ce sont des nazis », m’a-t-on d’abord dit, éveillant en moi quelque espérance sur le genre humain et sur son vieillissement en particulier. Peut-être parce qu’on prétend que la mauvaise viande se conserve plus longtemps, les nazis encore en vie n’étaient-ils pas tous centenaires à l’heure qu’il est ? Je me suis dit que si des nazis étaient encore capables à leur âge extrême, au diable la sagesse, de battre la campagne et la ville, d’intimider, d’extorquer, de jouer de la lame (quand ce n’est pas de la scie), de se répandre dans les rues en une fougue dangereuse et incontrôlable, que d’espoirs pour nos vieux jours !

À imaginer ainsi ces ancêtres gambader dans leurs immondices, force était de constater que la haine n’avait pas pris une ride, qu’elle n’avait pas sombré dans l’oubli, mais qu’on pouvait aussi y voir le signe qu’Alzheimer n’aurait pas forcément raison de nous. Si ça c’est pas un bel exemple d’optimisme.

Par malheur, je m’étais mépris en croyant voir dans ces papys SS les signes d’une vitalité morbide en fauteuil roulant. De la bouche même d’un gardien de prison, il s’agirait en réalité d’une nouvelle génération de ces fous. Une génération qualifiée de « néonazi ». Hé oui, il faut même des néologismes, de nouveaux mots pour les nommer ces nouveau-nés, ces « nouveaux hommes nouveaux ».Il y donc des évènements qui dépassent tellement l’entendement, la logique, que le discours doit avoir recours à l’invention pour les qualifier.

« Mais enfin, ils n’ont quand même pas inventé le fil à couper le beurre, ces « nouveaux » racistes ?  » me suis-je demandé. Non, par contre ils sont partout, semble-t-on lire. À en croire les médias, ils sont partis, lancés, ils flicaillent, ils débroussaillent, ils tailladent ils font preuve d’une désarmante violence. Des Sexion d’assaut, pas de ceux qui chantent pour que tout le monde rentre dans la danse, non, des Sexxxion d’assaut, qui tancent, qui frappent, qui sur leur chemin laissent des êtres morts.

Alors, finalement, quand voit-elle réellement le jour cette Aube Dorée  ? De quand date donc l’apparition de ce malsain esprit ? Jusqu’où doit-on remonter pour trouver l’origine de la corde à laquelle la Grèce est en train de se pendre ?

Lors d’une entrevue avec le sociologue Yannis Thanassekos, que j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer au Centre Hellénique, celui-ci m’a expliqué le contexte qui a vu apparaître au début du vingtième siècle les mouvements d’extrême droite, et qui inscrit ainsi Aube Dorée dans une continuité historique.

Suite à mes questions, le premier point soulevé par Yannis Thanassekos fut celui de l’utilisation dans les discours officiels, les médias et même dans les travaux universitaires du terme « populisme » pour disqualifier à la fois les oppositions démocratiques de gauche et les droites extrêmes. Yannis Thanassekos insiste sur le caractère idéologique d’une telle démarche qui vise à discréditer en la qualifiant de populiste toute alternative à la politique économique néo-libérale actuelle. Une comparaison entre les oppositions qui n’a pas de sens  alors « qu’un abîme sépare les programmes politiques des partis de gauche et de celui de l’Aube Dorée. »J’ai poursuivi en demandant à Monsieur Thanessekos quelles étaient les origines propres à la Grèce d’un mouvement comme Aube Dorée. Ce qui, dans l’histoire de ce pays, a contribué à générer pareille folie.

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Au fil de notre discussion, Yannis Thanessekos relève une spécificité de l’histoire de la Grèce qui n’est pas sans rappeler la situation historique de l’Espagne et du Portugal : son accès tardif à la modernité politique, comprise comme la mise en place d’une démocratie parlementaire, et l’accès tardif et dans son mode le plus violent au système économique néo-libéral.

Lorsque se dessinent les continuités historiques, Yannis Thanassekos rappelle que la violence de rue et les attaques sur des citoyens par des groupes organisés d’extrême droite ne sont pas une nouveauté en Grèce, mais une pratique ancrée dans l’histoire de ce pays.

Notre entretien s’est achevé sur la description de plusieurs personnages clés de l’histoire d’Aube Dorée et de l’extrême droite grecque. J’ai remercié mon nouvel ami. Grâce à ses explications, j’avais l’impression d’enfin commencer à sortir du labyrinthe de Dédale. Et toi, ami citoyen, commences-tu à y voir plus clair ?

PEACE, LOVE, MERRY CHRISTMAS !

Information

Cette entrée a été publiée le décembre 23, 2013 par dans L'enquête grecque.

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